Un enjeu réel, pris en compte depuis plusieurs années

Le fait qu'un véhicule électrique produise moins de bruit qu'un véhicule thermique à faible vitesse n'est pas une découverte récente. C'est précisément pour répondre à cette préoccupation que l'Union européenne a rendu obligatoire l'installation d'un système AVAS (Acoustic Vehicle Alerting System) sur les nouveaux véhicules électriques et hybrides rechargeables.

Depuis 2021, tous les nouveaux véhicules électriques commercialisés en Europe doivent ainsi émettre un signal sonore artificiel à basse vitesse et lors des manœuvres en marche arrière. L'objectif est clair : permettre aux usagers vulnérables de mieux percevoir la présence du véhicule lorsque les bruits mécaniques traditionnels sont absents ou fortement réduits.

Le débat actuel ne porte donc pas sur l'absence de dispositif de sécurité, mais sur son niveau d'efficacité et sur les éventuelles pistes d'amélioration.
 

Ce que l'étude montre réellement

L'étude de Vias met en évidence que certains véhicules électriques testés sont détectés plus tardivement que d'autres et que les performances des systèmes AVAS peuvent varier selon les modèles.

Il convient de rappeler que les essais réalisés portent sur un nombre limité de véhicules et sur des conditions expérimentales spécifiques. Les participants ont évalué la détectabilité de véhicules à partir d'enregistrements sonores dans un environnement contrôlé.

Ces observations permettent donc d'étudier la perception acoustique de certains véhicules, mais elles ne peuvent à elles seules décrire le comportement de l'ensemble du parc automobile électrique en circulation.

Attention à ne pas confondre corrélation et causalité

Le chiffre qui a le plus retenu l'attention est sans doute celui selon lequel 42 % des accidents impliquant une voiture électrique concernent également un usager vulnérable, contre 27 % pour l'ensemble des voitures.

Ce constat statistique mérite d'être interprété avec prudence : il indique la nature des accidents recensés mais il ne démontre pas que le silence relatif du véhicule en soit la cause. De nombreux facteurs influencent le risque d'accident : environnement urbain ou rural, densité du trafic, aménagement des infrastructures, vitesse, comportement des usagers, niveau d'équipement des véhicules ou encore exposition à la circulation des piétons et cyclistes.

À ce stade, aucune démonstration n'établit que la différence observée est principalement liée à la détectabilité acoustique des véhicules électriques.
 

L'évolution rapide du parc doit aussi être prise en compte

La transition vers l'électrification s'accompagne d'une évolution profonde du parc automobile. Les véhicules électriques actuellement commercialisés sont généralement plus récents et intègrent des systèmes avancés d'aide à la conduite : freinage automatique d'urgence, détection des piétons et cyclistes, caméras, radars ou encore systèmes de prévention des collisions.

Par ailleurs, la réglementation AVAS n'est pleinement entrée en vigueur qu'à partir de 2021. Une partie importante des études internationales fréquemment citées se base sur des périodes antérieures, lorsque ces dispositifs n'étaient pas encore généralisés.

D'autres recherches plus récentes, notamment menées au Royaume-Uni sur la période postérieure à l'introduction obligatoire de l'AVAS, concluent d'ailleurs que les taux d'accidents impliquant des piétons sont aujourd'hui comparables entre véhicules électriques et véhicules thermiques.

Ces résultats montrent que le sujet reste complexe et que le consensus scientifique n'est pas aussi tranché qu'on pourrait le croire.

Poursuivre l'amélioration sans alimenter les idées reçues

La sécurité des usagers vulnérables doit naturellement rester une priorité absolue. Les usagers faibles doivent pouvoir se déplacer dans les meilleures conditions possibles, et toute amélioration susceptible de renforcer leur sécurité mérite d'être évaluée. Il est actuellement prématuré de conclure que les véhicules électriques seraient intrinsèquement plus dangereux parce qu'ils seraient « trop silencieux ».

La réalité apparaît plus nuancée. Les véhicules électriques sont déjà soumis à des exigences réglementaires spécifiques en matière d'audibilité. Les systèmes AVAS remplissent une fonction de sécurité importante et leur évolution continue fait partie intégrante du processus d'amélioration permanente des véhicules.

Le véritable enjeu consiste aujourd'hui à évaluer objectivement l'efficacité de ces dispositifs, à identifier les meilleures solutions techniques et à continuer d'améliorer la protection des usagers vulnérables, sans pour autant entretenir l'idée que le véhicule électrique constituerait, par nature, un risque accru pour les piétons ou les cyclistes.
 

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